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Banque d’expériences

A.I.A.H. (Roubaix) équipe la Guinée Conakry de téléphones portables : interview de Mathieu Ngue (2011)

Publié le 10/06/2011
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Reprise d’un article publié sur le site des Ateliers du Bocage.
Source : http://ateliers-du-bocage.com/actualite176.html

Mathieu Ngue (à gauche), association A.I.A.H., recevant les téléphones portables de Laurent Blandin (à droite), responsable de l'atelier de téléphonie aux Ateliers du Bocage

Bonjour Mathieu Ngue. Vous êtes chef de projet bénévole pour l’association A.I.A.H., pouvez-vous présenter brièvement l’association ?

« A.I.A.H. s’est créé en 2009 et a pour objectifs : le recyclage de matériel informatique, l’insertion par le travail et la formation à la bureautique. Dès sa création nous avons obtenu un agrément en tant qu’organisme de formation et nous avons intégré le programme Ordi 2.0. A.I.A.H. dispose d’un local dans la maison des associations de Roubaix où les bénévoles et 4 salariés développent l’association. Enfin l’association n’intervient pas qu’en France, elle effectue des actions solidaires d’aide au développement informatique et téléphonique en Guinée Conakry. »

Comment fonctionnez-vous pour vous procurer le matériel à réemployer ? Et à quel public destinez-vous ces appareils de seconde vie ?

« L’association collecte les ordinateurs auprès des particuliers, des administrations ou grâce aux ventes aux enchères organisées par Les Domaines. Puis elle les remet en état et donne une grande partie aux associations nécessiteuses sur Roubaix, Lille et Tourcoing ; et une autre partie est envoyée dans les pays en voie de développement grâce aux subventions. Par exemple une subvention du Conseil Régional du Nord-Pas-de-Calais a permis d’équiper un centre de formation au Cameroun en 2010. Nous souhaitons faire la même chose en Guinée où nous avons déjà donné 200 ordinateurs aux structures locales (dont une vingtaine d’écoles et une université), et nous avons vendu 200 ordinateurs pour des prix très bas aux nécessiteux. »

Au-delà de l’équipement informatique, quels sont vos objectifs de développement en Guinée Conakry ?

« Actuellement nous avons deux objectifs :

* Installer une maison des associations car il en existe plein mais elles sont éparpillées et ne travaillent pas ensemble.
* Equiper la population de téléphones portables. La communication est très importante là-bas car les routes sont mauvaises et la circulation difficile. Il n’y a que le téléphone portable qui peut faire que les gens soient en communication. Les réseaux existent, Orange est même présent sur place avec d’autres opérateurs, mais ce qui fait défaut c’est les téléphones. La majorité des mobiles qui sont vendus en Guinée viennent de Chine avec une durée de vie très très faible. Ce qui fait que deux mois après l’achat, bien souvent, le téléphone chinois tombe en panne. Du coup la population préfère acheter des téléphones recyclés en France plutôt que des téléphones neufs en provenance de la chine parce qu’ils durent plus longtemps. »

Incroyable ! C’est un problème qui touche toute l’Afrique j’imagine ?

« Surtout dans un pays comme la Guinée qui a été coupé très longtemps du reste du monde. Ce qui a provoqué un réel de retard du côté de l’équipement tant chez les particuliers que pour les structures et les institutions qui les entourent. Nous avons envie de développer la téléphonie pour que les gens communiquent ; pas seulement l’aide à l’équipement informatique ou la formation bureautique comme en France. D’ailleurs AIAH commence juste au niveau de l’équipement en téléphone. Nous souhaitons ramener environ 500 appareils avant la fin de l’année. Et l’association ne peut se lancer qu’avec l’aide de structures comme les Ateliers du Bocage. C’est pour cette raison que j’ai fais le détour aujourd’hui (09/07/2011) depuis Paris avant de reprendre un vol ce soir pour la Guinée. »

Et qu’avez-vous découvert aux Ateliers du Bocage ?

« Déjà merci pour votre accueil. J’avais déjà eu l’occasion de m’entretenir à Lille avec votre collègue Hubert Fodop Djojo qui s’occupe de développer les projets Clic Vert en Afrique. Suite à ces échanges je m’étais promis de venir voir ce que vous proposiez du côté de la téléphonie mobile. Et c’est incroyable, je ne m’attendais pas à une telle activité. Avec ce bâtiment, votre équipe de plus de 50 personnes aux téléphones, et la qualité des appareils débloqués et réemployés, vous m’avez épaté ! Votre responsable d’activité m’a même fait un prix solidaire sur les 20 téléphones que je voulais vous acheter pour commencer à équiper les administrations et les écoles en Guinée. Et il a même ajouté quelques téléphones pour nous aider. C’est vraiment très généreux de votre part. »

Merci Mathieu, ça n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Comment est-ce que ça se passe sur place, en Guinée ? Vous comptez donner ou vendre les téléphones ?

« Sur place les téléphones ne sont pas donnés mais vendus à un prix ridicule pour que l’acheteur soit investi et fasse attention à son matériel. Même si le prix est faible nous préférons que l’acheteur donne toujours quelque chose, qu’il y ait un échange. Car quant nous donnons gratuitement le bénéficiaire ne tient pas compte de l’effort effectué par l’association pour l’aider. Alors que s’il a donné ne serait-ce qu’un euro pour le téléphone, l’acheteur tient compte de son acte d’achat et fait attention au matériel qui lui est donné. C’est important ! »

Et il y a beaucoup de réparateurs et de revendeurs de téléphones portables en Guinée ?

« Il y a quelques réparateurs de téléphones chinois un peu partout au bord de la route mais ils ne réparent que 3-4 mobiles par mois. Malheureusement il n’y a pas encore assez de téléphones en circulation. La population n’a pas l’argent, pas de boutiques de vente à disposition et en plus les rares téléphones qui circulent ne sont pas de bonne qualité et tombent régulièrement en panne. »

Donc l’idéal ce serait d’envisager un développement Clic Vert avec les Ateliers du Bocage ?

« C’est exactement ça ! Nous aimerions nous projeter avec Clic Vert pour pourquoi pas faire du recyclage en Guinée ; puis dans un second temps de renvoyer les déchets en France pour qu’ils soient traités en Europe. »

Merci Mathieu pour toutes ces informations et j’espère que les projets d’A.I.A.H. vont trouver de l’écho et prendre de l’ampleur.

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