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Article « Handicap et accès aux nouvelles technologies » (2005)

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Suite à la ROUMICS du 7 avril sur le thème « Accessibilité handicap et TIC », un article intitulé « Handicap et accès aux nouvelles technologies - Vers l’autonomie » est paru dans la Revue Interdépendances du Groupe SOS.
Vous trouverez l’article en question ci-dessous.

Handicap et accès aux nouvelles technologies
Vers l’autonomie

En avril dernier se tenait à Roubaix une rencontre consacrée à l’accessibilité des nouvelles technologies aux personnes handicapées. Associations, institutionnels et entreprises du secteur présentaient un catalogue étonnant de dispositifs techniques et d’initiatives visant à compenser l’exclusion liée au handicap et à restaurer l’autonomie de la personne.

Paralysée de tous ses membres, ne pouvant pas parler, la petite Emilie n’a jamais pu aller à l’école. Pourtant, elle lit des histoires et, depuis peu, apprend l’anglais. A partir d’un seul mouvement volontaire - pour elle c’est la lèvre inférieure, pour d’autres un orteil ou un simple souffle -, un capteur relié à l’ordinateur lui permet de tourner les pages de son livre numérique, de revenir en arrière ou de changer d’activité. Elle accède ainsi à des apprentissages et des loisirs jusqu’ici réservés aux enfants valides, qui lui offrent une nouvelle forme d’autonomie.

Ce projet de la coopérative Andicoop, est l’une des nombreuses applications des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) appliquées au handicap, présentées par des intervenants de toute la France et de Belgique lors du premier volet des Rencontres ouvertes du multimédia et de l’Internet citoyen et solidaire (Roumics), qui se tenaient à Roubaix le 7 avril dernier. Un rendez-vous exemplaire par la qualité et la diversité des projets présentés.

Rendre le contenu accessible

Signe d’une préoccupation grandissante des pouvoirs publics, la loi de février 2005 impose à l’ensemble des sites Internet des administrations et collectivités territoriales de se rendre conformes aux « normes internationales » d’accessibilité dans les trois ans. Premier constat des acteurs militants et des techniciens : cette loi, qui a le mérite d’exister, n’est pas la panacée. D’abord, elle risque de se cantonner à l’usage des malvoyants et non-voyants, oubliant tous les autres handicaps tels que la surdité (qui s’accompagne d’illettrisme dans 80 % des cas) ou les incapacités motrices interdisant l’usage de la souris, voire du clavier (maladie de Parkinson, paralysie des membres). Pour le seul handicap visuel, qui nécessite le moins d’adaptations, il existe certes plusieurs séries de recommandations internationales à l’usage des concepteurs de sites Internet (qui ont pour objectifs commun de favoriser la lisibilité et d’organiser les contenus pour faciliter la compatibilité avec les lecteurs braille ou une synthèse vocale), mais aucune norme reconnue par l’ensemble des acteurs du secteur.

On connaît toutefois les principaux ennemis : le flash (langage d’animation graphique très riche visuellement mais inutilisable par les handicapés), les menus et effets « exotiques » qui compliquent inutilement la navigation, ou encore les images dépourvues de texte explicatif. Rendre accessible un site n’est pourtant pas une mince affaire : un véritable travail de « déclinaison » du site d’origine doit être entrepris, ce qui exige des moyens financiers suffisants pour cette mise en œuvre. Pourtant, dans le cas du handicap visuel, l’investissement consenti le sera presque intégralement à la conception du site : lors des mises à jour, un seul et même contenu écrit, à condition d’être correctement structuré, sera automatiquement adapté à différentes versions du site : avec un contraste élevé et le texte agrandi pour les malvoyants, avec un titrage plus explicite et un menu raccourci pour les dispositifs dédiés aux aveugles, qui « lisent » tout le contenu de la page de haut en bas, ou encore avec un défilement automatique des liens pour pouvoir cliquer sans manier le curseur de la souris.

Changer de langage

Pour les autres handicaps, il pourra être nécessaire d’aller plus loin qu’une simple remise en ordre des contenus. Sur www.websourd.org, qui s’adresse aux déficients auditifs, c’est une véritable traduction des contenus en langue des signes françaises (LSF) qui a eu lieu. Ou, pour être exact, une traduction en français écrit des contenus élaborés en LSF par le comité de rédaction de l’association Websourd, puisque les réunions de travail se tiennent dans ce langage. A l’arrivée, l’association a conçu un site Internet faisant un usage pertinent de la vidéo, trop souvent employée à tort et à travers dans un but d’illustration, au détriment de l’accessibilité. Les moyens mis en œuvre sont conséquents, un véritable studio de production assurant la mise en boîte des « textes » présentés sur le site Web.

Il existe néanmoins des freins au développement de la LSF, en particulier financiers. Les inévitables coûts de traduction, importants pour une petite structure, peuvent être optimisés via des services spécialisés. C’est ainsi qu’est menée, toujours sous l’impulsion de Websourd, une expérience de « visio-interprétation » en collaboration avec des mutuelles et administrations de la région toulousaine : au début de l’entretien avec un usager sourd-muet, l’agent lance une séance de visiophonie avec un interprète français parlé-LSF, situé dans des locaux distants et équipé de matériel vidéo. Les administrations bénéficient ainsi d’un service innovant à un coût modéré au service des déficients auditifs.

Repenser l’interface

D’autres structures consacrent leurs recherches au handicap mental, domaine qui exige une redéfinition complète de l’interface pour s’adapter à des problèmes cognitifs majeurs. C’est avec l’objectif de favoriser la socialisation et l’autonomie de la personne que le site www.planete21.org a été conçu. Divisé en trois univers distincts selon l’âge du visiteur (« mon village », « ma ville », « ma grande ville »), il propose des informations adaptées aux personnes atteintes de trisomie 21 : jeux et apprentissages pour les enfants ; réglementation du travail et transports pour les adultes ayant acquis une certaine autonomie. Un forum simplifié dans ses fonctionnalités, ainsi que des « messages privés » et une liste d’amis favorisent les échanges d’expériences ou simplement les relations sociales entre les visiteurs du site.

Toute aussi fascinant est le travail d’iconographie réalisé par l’Institut médico-éducatif La Cigogne au travers du projet Picto media, qui illustre les alternatives possibles au langage écrit pour des publics non lecteurs. Des pictogrammes composés d’éléments visuels primaires (un toit désigne un bâtiment, une flèche un déplacement) sont mis bout à bout, composant une succession d’actions (tourner à droite, avancer) et de points de repères (le bus, un bâtiment) permettant à la personne handicapée mentale de suivre un itinéraire ou de réaliser une recette de cuisine. La bibliothèque de pictogrammes, qui en compte 2 000 aujourd’hui, est constamment enrichie en concertation avec des encadrants et des personnes handicapées d’autres établissements, via un site Internet.

Quant au jeu, par-delà son intérêt récréatif, c’est comme un véritable outil qu’il est abordé par certaines structures. Parmi ces initiatives, on remarque celle du centre de ressources Le Fontainier, à Paris, qui a financé le développement d’un logiciel ludique adapté à des personnes « multihandicapées » (cumulant un handicap moteur et mental), ayant des possibilités d’action restreintes. Les bénéfices sont multiples : le jeu favorise la concentration chez des personnes incapables de fixer leur attention sur d’autres activités, et la communication avec l’autre lors du jeu à deux. Le jeu demande aussi de fournir un effort de dépassement, et en cas de victoire, l’utilisateur gagne en estime de lui-même. Enfin, il offre à ces publics ce qui leur reste inaccessible dans la plupart des prises en charge médicales : le plaisir.

Devant ces initiatives, on est ébahis par la créativité et le déploiement d’énergie de tous ces acteurs qui, à l’échelle d’un établissement ou d’une région, tentent de fournir une meilleure qualité de vie et un supplément de dignité aux publics en situation de handicap. Autour de l’outil informatique, on voit s’ouvrir d’innombrables possibilités de communication, d’information et de loisirs. Et l’on se prend à rêver que des décideurs fortunés viennent soutenir toutes ces initiatives en manque cruel de financements.

Auteur : Monsieur Damien Ravé
Responsable informatique et multimédia
GIE Alliance Gestion - Groupe SOS

379, avenue du Président Wilson
93210 La Plaine Saint-Denis
Tél : 01 55 87 55 03 - Fax : 01 55 87 55 35
Site internet : http://www.groupe-sos.org
Voir l’article en ligne : http://www.groupe-sos.org/publi/article.php?id=458

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