Vous êtes ici : accueil /  Ressources sur le numérique solidaire /  Ressources documentaires /  Articles /  Article « Le partage du savoir est un multiplicateur de croissance » (2006)

Articles

Article « Le partage du savoir est un multiplicateur de croissance » (2006)

  • Agrandir le texte
  • Réduire le texte
  • Envoyer à un ami
  • Imprimer le texte
  • Partager sur : Partager sur Facebook Partager sur Twitter Sauver sur Delicious

Source : Message transmis par M. Hervé Le Crosnier, par le biais de [Vecam-Actualités].

Source : Article extrait du Figaro : « Le partage du savoir est un multiplicateur de croissance », par Koïchiro Matsuura, le 27 septembre 2006

....................................................................................................................

Message de M. Hervé Le Crosnier :

« Un texte très intéressant du Directeur de l’UNESCO sur les modes de partage de la connaissance et la production intellectuelle »peer-to-peer" publié le 27 septembre 2006.

Publié dans le Figaro, bible des conservateurs français, il risque d’échapper à nombre d’entre vous...

Publié dans le Figaro, il est le symptôme d’un changement de conception des élites dirigeantes sur la production et l’échange du savoir.

Un indice montrant que les notions d’accès au savoir pour le développement vont en progressant. A mettre au crédit d’un travail de persuasion inlassable de la société civile mondiale de l’ère numérique. Et du travail théorique qu’elle produit. Un travail dont le dernier opus "The
Wealth of Networks« par Yochaï Benkler devrait faire date et démontrer la puissance des modes de production intellectuelle coopérative et appuyée sur un Etat progressiste (comment traduire le sens de »liberal state" version étatsunienne ?).

Nous sommes à un point de ré-organisation du monde autour de nouveaux schémas pour « faire société » ensemble. La mondialisation financière et les « théories » libérales d’un marché omniscient, omnipuissant et capable de prendre en charge tous les aspects de la vie (la « société de marché ») sont en train de perdre leur aura.

La coopération, le partage des connaissances, l’extension des notions de « domaine public » et de « biens publics », la volonté de réorienter l’économie autour de « l’immatériel », c’est-à-dire en évitant de faire payer à la planète la « croissance »,... deviennent des conceptions de plus en plus prégnantes dans les journaux et les idées.

A nous de pousser plus encore dans ce sens, pour ré-inventer les équilibres de gouvernance et de transmission des savoirs qui garantiront le caractère démocratique et ouvert de la société à venir".

Dans le même ordre d’idées :

- « Le libre accès au savoir tient du bien public mondial », interview de Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, par Christian LOSSON - Libération, 13 septembre 2006 -
http://www.liberation.fr/actualite/economie/204050.FR.php.

- Et le compte-rendu du Congrès « Access To Knowledge » qui s’est tenu à Yale en avril 2006 (herve.cfeditions.org/a2k_yale).

....................................................................................................................

Article extrait du Figaro : « Le partage du savoir est un multiplicateur de croissance »

Par Koïchiro Matsuura, directeur général de l’Unesco.
Publié le 27 septembre 2006

" Le partage du savoir est-il une utopie, un nouveau buzz word de la
communauté internationale ? Nous ne le croyons pas. Quelques exemples parleront mieux que dix analyses. En 1965, Singapour est couvert de bidonvilles, et son économie sous-développée. Depuis lors, les pouvoirs publics y ont mené des politiques résolues, visant à investir dans l’éducation, à améliorer les compétences et la productivité et à attirer les industries à haute valeur ajoutée. Le PIB par habitant de Singapour dépasse aujourd’hui celui de nombre de pays du Nord.

Une économie fondée sur le partage et la diffusion des connaissances est une chance pour les pays émergents et le bien-être de leurs populations. Ainsi, malgré sa pauvreté, l’État indien du Kerala présente désormais un niveau de développement humain proche de celui des pays du Nord : l’espérance de vie s’y élève à 73 ans et le taux de scolarisation y dépasse les 90 %. Le Kerala contribue grandement à faire de l’Inde la huitième nation mondiale en termes de publications scientifiques.

En 1971, quelques milliers de migrants s’installent dans une plaine
déserte à 20 km de Lima et créent Villa El Salvador. Comptant sur leurs propres forces, ses habitants mettent en place des centres d’éducation, créent des associations. Une action courageuse de développement participatif et communautaire, qui s’est appuyée sur les femmes, transforme ce bidonville en ville organisée. Reconnue en 1983 comme municipalité, Villa El Salvador crée en 1987 son université. Aujourd’hui,98 % des enfants y sont scolarisés et le taux d’analphabétisme des adultes(4,5 %) y est le plus faible du pays. La ville compte désormais 400 000 habitants, dont 15 000 étudiants. La municipalité offre des points d’accès informatique aux citoyens, qui donnent leur opinion sur les sujets en discussion au sein de la communauté.

Le savoir partagé est donc un levier puissant dans la lutte contre la
pauvreté. Il est aussi désormais la clé de la production des richesses.
La Finlande, frappée par une grave crise économique après la dissolution de l’Union soviétique, est aujourd’hui montrée en exemple : elle investit près de 4 % de son PIB dans la recherche, son système éducatif est classé en tête des pays industrialisés par l’OCDE et la variation des performances entre élèves et établissements scolaires y est étonnamment faible, ce qui montre que le succès sur l’échelle des sociétés du savoir et la réussite économique peuvent très bien se combiner avec l’équité.

Ces exemples sont loin d’être isolés. Dans toutes les régions du monde,
un certain nombre de pays sont en train d’inventer de nouveaux styles de développement, fondés sur le savoir et l’intelligence. Car le potentiel
de développement d’une société dépendra moins à l’avenir de ses richesses naturelles que de sa capacité à créer, diffuser et utiliser des connaissances. Peut-on dire pour autant que le XXIe siècle verra l’essor de sociétés du savoir partagé ? Celui-ci étant un bien public qui doit être accessible à tous, il ne devrait pas y avoir d’exclus dans une société du savoir. Mais le partage du savoir ne saurait être réduit à une partition des savoirs ou à l’échange d’une ressource rare que se disputeraient nations, sociétés et individus.

Dans les sociétés en réseaux, la créativité et les possibilités
d’échange ou de partage se trouvent démultipliées. Ces sociétés créent
un environnement particulièrement propice au savoir, à l’innovation, à
la formation et à la recherche. Les nouvelles formes de sociabilité en
réseaux qui se développent sur l’Internet sont horizontales et non
hiérarchiques, encourageant la coopération, comme l’illustrent fort bien
les modèles du « collaboratoire » dans la recherche ou des logiciels « 
open source » en informatique.

L’émergence des sociétés en réseaux et la baisse des coûts de transaction qui l’accompagne encouragent l’essor de nouvelles formes d’organisation productive, fondées sur l’échange et la collaboration au sein d’une même communauté de partage. Cela est particulièrement essentiel face à la tentation de la guerre économique : ces nouvelles pratiques nous permettent d’espérer qu’on saura trouver un juste équilibre entre la protection des droits de propriété intellectuelle, nécessaire à l’innovation, et la promotion du savoir appartenant au domaine public.

Le partage du savoir ne saurait cependant se limiter à la création de
nouveaux savoirs, à la promotion du savoir appartenant au domaine public ou à la réduction de la fracture cognitive. Il implique non seulement l’accès universel au savoir, mais aussi une participation active de chacun. Il sera donc la clef des démocraties de l’avenir, qui devraient
être fondées sur un espace public d’un type nouveau, où de véritables
rencontres et délibérations démocratiques impliquant la société civile
permettront de traiter les problèmes de société conçus en termes
prospectifs. Les « forums hybrides » et les conférences de citoyens en
offrent à certains égards une préfiguration.

Certes, que d’obstacles s’opposent au partage du savoir ! Tout autant
que les solutions que nous avançons, ils sont au coeur du rapport
mondial de l’UNESCO « Vers les sociétés du savoir » dirigé par Jérôme
Bindé et publié voilà quelques mois. L’Entretien du XXIe siècle que nous
venons d’organiser à l’UNESCO sur le thème du partage du savoir a permis sans nul doute d’encore mieux les cerner : polarisation, fracture
numérique et, plus grave encore, fracture de la connaissance et
inégalité entre hommes et femmes, tels sont les freins principaux au
partage du savoir. Pour surmonter ces obstacles, les sociétés vont
devoir investir massivement dans l’éducation pour tous tout au long de
la vie, la recherche, l’info-développement, et l’essor de « sociétés
apprenantes », et mieux respecter la diversité des cultures cognitives
et des savoirs locaux, traditionnels et autochtones. Le partage du
savoir ne sera pas toujours pour demain : car il n’est pas le problème,
il est la solution. Le partage du savoir ne divise pas la connaissance :
il la fait croître et multiplier ".

Ressources sur le numérique solidaire
ANIS - au Mutualab, 19 rue Nicolas Leblanc 59 000 Lille - 06 42 71 83 56 - contact@anis.asso.fr
Haut de page