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Article « Les communautés : La face cachée des TIC » (2003)

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THE CRIS CAMPAIGN Issue Paper No. 7
Traduit de l’Anglais par Marc Meyer

Les communautés : la face cachée des TIC


Les technologies de l’information et de la communication transforment le
monde. Internet promettait d’être une alternative à la centralisation du
pouvoir et comme moyen de répartition plus large des ressources
économiques. Mais ces débuts ont été suivis d’abord par la crise des
sociétés commerciales sur Internet, ensuite par l’actuelle tendance à
faire d’Internet un outil commercial supplémentaire. À l’origine, le
Réseau était vu comme un outil d’accès pour les communautés, les isolés,
les handicapés et pour ceux qui sont marginalisés à cause de leur
habitat, leur revenu ou leur aptitude physique. Cet aspect semble avoir
disparu de même que les efforts publics qui soutenaient le Net comme
instrument et ressource pour tous, comme facteur de démocratisation et
d’égalisation des chances.

Les TIC comme moyen de communication, d’information, de gestion et de
production accessible à tous sont en fait utilisées par le commerce
électronique mondial à la recherche d’opportunités toujours plus
rentables. Pour que ces technologies puissent profiter à la vie locale -
économique, sociale, culturelle, écologique, civique et politique ? il
faudra que les efforts des techniciens, des chercheurs et des acteurs
communautaires se concentrent sur cet aspect.

« Utilisation réelle » plutôt que « fracture numérique »


L’accessibilité aux TIC pour tous va plus loin que les débats sur la
fracture numérique. Il faut également étudier comment et sous quelles
conditions l’accès aux TIC peut être utilisable et utile, c’est-à-dire
comment parvenir à l’utilisation réelle de ces TIC par les populations
marginalisées ou exclues et par les communautés. Les objectifs sont : des
stratégies et des applications en TIC pour l’essor des économies locales,
de la justice sociale et de la participation politique ; l’accès local à
l’éducation et au services de santé ; le contrôle local de la production
et de la distribution de l’information ; la survie et la vitalité
constante des cultures autochtones.

Le seul accès à Internet et aux autres TIC ne suffit pas à améliorer de
façon significative les chances des populations mises en périls par les
changements technologiques rapides. Les groupes de développement se
focalisent sur la fracture numérique, c’est-à-dire sur les problèmes
d’accès, et ignorent les efforts des communautés pour une utilisation
réelle des TIC. Ceci donne à penser que la plupart des programmes « 
fracture numérique » ne sont en fait que des primes déguisées pour les
fournisseurs d’accès et d’équipements mondiaux plutôt que des efforts
vers une redistribution des bénéfices et des opportunités engendrés par
les TIC.

Alors que des ressources considérables ont été dépensées pour créer
l’infrastructure des TIC et les points d’accès (centres télématiques
locaux), peu de ces initiatives ont été orientées vers le renforcement
des potentiels locaux de développement, gestion et maintenance des
capacités en TIC. De plus, les types de développements des TIC qui
permettraient une participation réelle des communautés locales dans les
prises de décisions au niveau régional, national et même mondial (E-
gouvernance) sont largement ignorés en faveur de la conception et de la
mise en oeuvre de services de transmissions efficaces et de plus en plus centralisés même si c’est sous forme électronique (E-gouvernement).

Les communautés locales


Cependant, on peut continuer à voir les TIC comme un encouragement à
l’initiative locale, notamment par la diversité des initiatives locales
en TIC, comme l’accès public aux centres télématiques locaux, la constitution de réseaux communautaires, les programmes informatiques communautaires et les initiatives en matière d’E-santé, d’E-culture, et d’E-participation souvent organisées par les communautés elles-mêmes.

Ces actions, souvent rattachées à l’utilisation des logiciels libres,
donnent le contrôle sur le déploiement et la mise en oeuvre des TIC aux
acteurs locaux et permet d’adapter les possibilités de production, de
commerce et de prestation de service des TIC aux besoins et ressources
locales.

Les communautés locales peuvent de cette façon développer des relations
horizontales (peer to peer) au niveau régional, national et mondial pour
le partage de l’information, une économie coopérative, des initiatives
politiques, et maintenir des liens communautaires et familiaux dans une
époque de migrations économiques massives. Cela donne aussi aux
communautés les moyens de contribuer activement à la fois comme
bénéficiaires et comme participants aux grandes structures évolutives
d ?innovation nationale et mondiale.

Réseaux communautaires


Un réseau communautaire est un système d’information implanté et dirigé
localement. La mise en réseau communautaire (également appelée citoyenne) est appliquée par des milliers de projets communautaires TIC dans de
nombreux pays. Elle place dans le contexte géographique local la synergie
des personnes et des organismes locaux pour résoudre des problèmes et
créer des opportunités, grâce à des systèmes de TIC appropriés.
L’informatique communautaire ouvre des stratégies technologiques et
sociotechniques et permet aux communautés de s’organiser et d’atteindre
leurs objectifs.

Ce qui caractérise l’informatique publique basée sur l’idée de réseau
communautaire ou informatique communautaire, c’est l’engagement en faveur de l’accès universel par la technologie pour offrir des possibilités y compris pour les défavorisés ; c’est reconnaître qu’une communauté réelle
est à la base même du bien-être individuel et familial, économique,
politique, et culturel ; la conviction que cette communauté concrète peut
être renforcée par l’utilisation judicieuse des TIC ; une compréhension
précise de l’utilisateur des TIC ; l’exercice social de la maîtrise, de
l’esprit d’entreprise et de créativité. De plus, la mise en réseau
communautaire et l’informatique communautaire peut inspirer la conception
de matériel et logiciels alternatifs communautaires ou coopératifs, qui
conviennent peut-être mieux aux « quelques » 90% de personnes dans le
monde pour lesquelles l ?informatique à domicile n’est pas envisageable
dans un futur proche pour des raisons financières, sociales ou
d’infrastructure.

Du local au mondial


Les communautés locales et les communautés qui au sein des collectivités
locales ont des intérêts particuliers gagnent à communiquer avec leurs
homologues au moyen des communautés virtuelles en ligne. Ces « 
communautés d’intérêts / communautés de pratique » rassemblent ceux qui
partagent les mêmes valeurs dans le réseau mondial pour un soutien
réciproque, un échange d’informations, de ressources et de connaissances.
Alors que ces communautés virtuelles peuvent parfois être utilisées à des
fins néfastes, le lien entre les TIC intracommunautaires et les
communautés virtuelles externes peuvent être du plus grand intérêt par
exemple dans les campagnes de justice sociale ou environnementale.

De plus, il y a le problème de la pérennité de ces efforts une fois que
les soutiens (généralement externes) ne sont plus disponibles. Dans ce
contexte, l’utilisation des TIC est perçue comme discrétionnaire, un « 
luxe » devant être sans cesse entretenu par des ressources locales
généralement rares.

Cependant, lorsque les TIC locales s’intègrent à la production locale,
aux prestations de services et aux systèmes de création de bénéfices
(sociaux aussi bien qu’économiques), la question de la pérennité
disparaît si on admet que les TIC deviennent alors un bien social
indispensable. La pérennité reste un problème parce que le développement
de moyens pour l’utilisation réelle des TIC dans la création de richesses
locales, de l’école primaire à la formation continue, le développement
culturel local et la sécurité reste en total décalage par rapport à la
simple fourniture d’accès.

Les communautés limitées en ressources et en infrastructures doivent
pouvoir profiter des bénéfices produits par les TIC et actuellement
réalisés avec tant de succès dans le secteur privé avec une croissance
mondiale souvent spectaculaire en rentabilité, productivité, temps de
réponse et suppression des intermédiaires. De même, les décideurs
politiques, les développeurs et les opérateurs de matériel et logiciels,
les consultants, les universitaires et les investisseurs doivent prévoir
des applications non seulement pour le secteur commercial et privé mais
aussi pour les communautés à faibles revenus, les marginalisés, les petites et micro-entreprises, tous les laissés-pour-compte de la révolution technologique et dont les besoins sont largement négligés et ignorés.

Et l’avenir


De nouvelles possibilités s’offrent aux communautés locales par l’augmentation massive des capacités de communication numérique qu’apporte la technologie à large bande. La technologie de large bande (et récemment le sans fil ou WIFI) nécessite un recours aux ressources
civiques locales (par exemple pour les droits de passage).

Et dans le modèle économique émergent basé sur l’agrégation de la demande
locale s’appuyant sur le secteur public comme utilisateur principal, dans
un cadre politique approprié, cette technologie offre d’importantes
nouvelles possibilités au développement local. Elle apporte également aux
autorités locales des ressources tant financières que techniques pour des
initiatives locales de développement économique et social. Dans les pays
en développement le coût réduit de la technologie sans fil permet de
surmonter les insuffisances d’une infrastructure matérielle en
télécommunication au développement et à l’entretien coûteux.

Conclusion


Aujourd’hui plus que jamais ceux qui se soucient du bien commun doivent
agir pour s’assurer que les possibilités offertes par les TIC servent à
affirmer le potentiel des communautés locales autant qu’elles accroissent
les choix du consommateur et les rendements commerciaux.

C’est peut-être le travail d’intérêt public le plus important de la
prochaine décennie.

L’accès à Internet pour tous n’est que le début. Pour que ces technologies puissent profiter à la vie locale économique, sociale, culturelle et politique et servir de bases aux communautés locales, il faudra l’effort conjoint des technologues, des chercheurs et des acteurs communautaires et surtout une volonté politique de développement et de
mise en oeuvre.

Le déroulement et les résultats du SMSI auront considérablement plus
d’impact avec la participation pleine et entière de ceux qui travaillent
sur le terrain sur des initiatives communautaires en TIC. Acteurs
incontournables du Sommet, ils en orienteront les projets et les
ressources vers l’expérimentation et la poursuite d’initiatives technologiques communautaires locales et citoyennes intégrées à une société de l’information pour tous.

Références


M. Gurstein (Ed.) Community Informatics : Enabling Communities with
Information and Communications Technologies, Idea Group, 2000 ;

L. Keeble & B, Loader (Eds.) Community Informatics : Shaping Computer-
Mediated Social Networks, Routledge, 2001 ;

S. Marshall, Wal Taylor & Xinghou Yu, (Eds.) Proceedings of the IT in
Regional Areas Conference : Using Informatics to Transform Regions 2002 ;

D. Schuler, New Community Networks : Wired For Change, Addison Wesley
Publishing, Co. 1996 ;

Global Community Partnership (Alliance mondiale des communautés) :
www.globalcnpartnership.org qui traite de ces problèmes.

Listes de diffusion : bytesforall_readers yahoogroups.com ;
Telecentres lyris.idrc.ca and Communityinformatics@vancouvercommu...

Ceci est un communiqué de la campagne du CRIS, par Michael Gurstein. Ces
communiqués ont pour but de lancer une discussion relative au SMSI.

Visitez notre site a www.crisinfo.org Vous pouvez reproduire ce document
à condition d’en citer la source.

Traduit de l’Anglais par Marc Meyer.

CRIS Campaign, c/o WACC 357 Kennington Lane, London SE11 5QY, UK
Tel : +44 207 582 9139 fax : +44 207 735 0340 | E-mail : act crisinfo.org
| http://www.crisinfo.org

CRIS issue paper

THE CRIS CAMPAIGN Document No. 7

[info trouvée sur la liste de discussion biblio.fr, et transmise par Hervé le Crosnier]

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